Rapport Charges & Produits 2026 : Non, les pathologistes ne sont pas des « rentiers » de la santé

Les propositions de l’Assurance Maladie publiées début juillet dans son rapport Charges & Produits 2026 ont suscité le plus grand intérêt du Syndicat des Médecins Pathologistes (SMPF). En tant qu’acteur de santé, nous partageons pleinement les préoccupations exprimées quant à la fragilité actuelle du financement de notre système de soins, mais aussi la même défiance à l’égard de certains acteurs financiers qui ne voient dans le secteur de la santé qu’une source supplémentaire de profit.

La Pathologie est une spécialité médicale – « à la croisée de la clinique, de l’imagerie et de la biologie » – assurant des missions clés que sont le diagnostic, le dépistage et la médecine personnalisée.  Malgré sa petite taille cette spécialité occupe une place centrale dans la prise en charge des patients, notamment en cancérologie.

Sa démographie s’est largement modifiée ces dernières années avec une diminution constante du nombre de médecins installés dans le secteur libéral. Cette évolution contribue à une concentration des structures sous forme d’entreprises, avec en corollaire une augmentation mécanique du chiffre d’affaires moyen des acteurs de soins en Pathologie.

Cette évolution a par ailleurs façonné une transformation du paysage de la spécialité.

Nos cabinets médicaux  emploient aujourd’hui un grand nombre de salariés, sur de lourds plateaux techniques devant répondre à des exigences normatives et nécessitant des outils diagnostics de plus en plus pointus, et faisant face à une augmentation marquée de leur charge de travail.

Cette transformation permet aux médecins pathologistes de rester indépendants, pour assurer un maillage du territoire, garder la maitrise de leur investissement, et être en mesure d’accomplir la mission de soin qui leur est confiée de manière pérenne et raisonnée, en partenariat avec l’assurance maladie.

Aujourd’hui nous sommes interpellés par l’analyse de l’Assurance maladie et plus particulièrement les chiffres de rentabilité opérationnelle ou globale qui sont avancés dans son rapport.  Non seulement les moyennes des ratios sont largement surestimées, en ce qui concerne les structures indépendantes, mais de surcroit, la décroissance du ratio s’est accentuée, avec un EBE bien inférieur à 15%, devenant même nul (voire négatif) dans certains territoires, mettant en péril la survie de ces structures et donc, par voie de conséquence, les diagnostics des patients. Par ailleurs, l’absence de fond propre, rendant toute analyse incomplète, ne concerne qu’une part minoritaire des cabinets de pathologie.

Non, la pathologie ne s’est pas installée dans un système de rente économique !

Cette analyse erronée de notre spécialité créé une suspicion inacceptable à son encontre, et la politique de régulation dite « anti-rente » que l’assurance maladie promeut, ici absolument injustifiée, risque au contraire de mettre fortement à mal l’offre de soin, son attractivité et sa qualité.

Et cela alors que l’augmentation de l’activité utilisant des techniques moléculaires et les besoins liés à la numérisation et à l’intelligence artificielle, accéléreront encore la pression financière sur ces structures déjà impactées par l’inflation post COVID.

Nous condamnons les pratiques de certains acteurs financiarisés. Sur ce thème, des propositions doivent être faites pour préserver l’indépendance et la qualité dans l’exercice de notre métier.

Aussi, le SMPF appelle la CNAM et le ministère de la Santé à engager une réflexion approfondie et structurante sur la spécialité.